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Ouïe : la thérapie génique, un espoir fou

Article publié le mercredi 19 avril 2017.


Les appareils auditifs sont de plus en plus performants. Mais depuis trois ans, des scientifiques testent la régénération des cellules cillées sensorielles qui servent à l’audition. Un défi carrément révolutionnaire.
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Les premiers essais de thérapie génique sur cobayes humains, dans le but de vaincre la surdité, ont eu lieu à l’Emory University de Kansas City (États-Unis) en octobre 2014. Où en est-on aujourd’hui ? C’est ce que nous avons demandé au Pr Philippe Lefèbvre, chef du service ORL (ULg-Sart Tilman), qui travaille sur le sujet en collaboration avec le centre de recherche GIGA-Neurosciences. Mais avant de répondre à la question, revenons à la genèse de ce projet incroyable qui, le jour où il sera parfaitement au point, pourrait permettre à 360 millions de personnes malentendantes dans le monde (dont 30 millions d’Européens) de réentendre craqueter les cigales et grésiller la sonnette de leur porte d’entrée. Un défi majeur... La thérapie génique a en effet pour objectif non seulement de régénérer les cellules cillées sensorielles présentes dans la cochlée (partie de l’oreille interne servant à l’audition) mais aussi d’induire la formation de nouvelles cellules cillées. Celles-ci (qui ressemblent à de longs cils, d’où leur qualificatif) servent à produire, dans l’oreille interne, les signaux électriques en réponse aux vibrations. Autrement dit : pas de cellules cillées, pas d’audition. Pour ce faire, les chercheurs ont imaginé l’introduction dans la cochlée d’un gène appelé Atoh 1 propice à induire la régénération de ces cellules cillées. Et le résultat fut concluant chez le cobaye. L’étude américaine fut ensuite reportée sur le singe, passage obligé avant l’humain. Et, là aussi, la faisabilité de la thérapie génique fut démontrée, de même que son absence de toxicité. « L’expérience chez l’animal s’est montrée intéressante car on y a observé les cellules se reconnecter par elles-mêmes aux neurones », nous explique le Pr Philippe Lefèbvre.

Cellules ciliées (JPG)

C’est ainsi qu’à Kansas City, en 2014, une quarantaine de sujets humains sourds profonds ont pu bénéficier des premiers essais thérapeutiques... « Les résultats de cette étude américaine n’ont pas encore été publiés, prévient le Pr Philippe Lefèbvre, mais il circule que le gène Atoh 1 induirait en effet la restauration des cellules cillées vestibulaires (contribuant à l’équilibre) et il semblerait par ailleurs que chez quelque cinq ou six patients atteints de surdité profonde, on ait observé une petite amélioration. » D’un point de vue clinique, chercheurs et médecins ont aujourd’hui encore beaucoup de peine à comprendre pourquoi certaines personnes sont atteintes de surdité. Sont-ce leurs cellules cillées ou plutôt certains neurones qui sont morts ? « L’idée est de comprendre les mécanismes qui aboutissent au développement de l’oreille car ce sont les gènes impliqués dans ce processus que l’on va utiliser pour régénérer les cellules cillées, précise le Pr Lefèbvre. Ainsi, si vous supprimez le gène Atoh 1, vos cellules cillées resteront immatures dans l’oreille. En découvrant ces mécanismes qui permettent la formation des cellules cillées, nous pourrons dégager les outils nécessaires pour réparer l’oreille et recréer de nouvelles cellules fonctionnelles. » « Je suis certain qu’un jour il sera possible d’implanter près de la cochlée une micropompe qui délivrera une ou plusieurs substances qui, selon les cas, produiront de nouvelles cellules cillées ou stimuleront celles qui persistent encore. Mieux : elles éviteront qu’elles ne meurent, ce qui retardera l’apparition de la surdité », expliquait le Pr Jean-Luc Puel, directeur de l’Institut des neurosciences de Montpellier dans une interview accordée au magazine « Sciences et Avenir ». Cela dit, jusqu’à présent, les résultats en matière de thérapie génique, quoique prometteurs, se sont montrés partiels et guère durables dans le temps (ils s’épuisent après quelques semaines). Dans le meilleur des cas, la thérapie génique devrait s’adresser, dans les années qui viennent, à ceux qui ont perdu leur capacité auditive, soit parce qu’ils ont subi un traumatisme sonore important, soit qu’ils aient consommé certains médicaments (antibiotiques de type amino-glycoside ou dérivés du platine) ou encore qu’ils souffrent de « presbyacousie » génétique (perte au niveau de la structure neurosensorielle), une affection qui atteint une personne sur trois à partir de 63 ans. En attendant, il est donc essentiel de préserver du bruit et de la pollution cet organe fragile qu’est l’oreille, car les cellules cillées ne se régénèrent jamais spontanément.

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Entendre de ses deux oreilles

Opter pour un appareil auditif (ils sont de plus en plus performants et de moins en moins visibles) est une excellente solution. Hésiter à en porter en estimant que « cela fait vieux » fait oublier qu’il n’y a rien qui vieillisse davantage que de faire sans cesse répéter son interlocuteur faute d’avoir capté ses propos. « Il ne faut pas oublier non plus que l’appareil auditif doit être porté aux deux oreilles, conseille le Pr Lefèbvre. Quand vous achetez des lunettes, vous ne vous posez pas la question de savoir si un monocle ferait plus jeune, n’est-ce pas ? »

Source : Le Soir

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