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Témoignage d’une maman

Journées Familiales de l’UNAPEDA 2007 - 17, 18 et 19 mai 2007
Article publié le mardi 23 octobre 2007.


Journées Familiales de l’UNAPEDA - 17, 18 et 19 mai 2007

Présentation

Jeudi 17 mai 2007 : Culture et handicap

Vendredi 18 mai 2007 : Accès à la littérature et aux pratiques culturelles

Samedi 19 mai 2007 : Accès au cinéma, théâtre, musées - Accès aux sports

Propositions culturelles et accessibilité en Ille-et-Vilaine

Témoignage d’une maman

Intervention de Bertrand Verine

Auto-portrait d’Angelika MANDAWALA

Atelier Zepetra

Expositions


En haut - Sommaire

Un témoignage de Nadine Hovnanian, maman de Manouk

Mon fils est sourd sévère de naissance. Il s’appelle Manouk. Il porte des prothèses depuis l’âge de 7 mois. Il a maintenant 13 ans.

Je suis ici parce qu’on m’a demandé de témoigner de mon expérience de la lecture avec mon fils. Je ne parlerai pas de l’apprentissage de la lecture chez Manouk, ni de son passage à l’écrit.

Cet exercice - le témoignage- me replonge plus de dix ans en arrière, à la période où le doute, l’angoisse, le tâtonnement suivent la prise de conscience de son handicap.

Je ne pense pas qu’il y ait de recette miracle. Comme vous, parents dans la salle, j’ai été amenée à lui parler bien en face, à théâtraliser ma voix, à favoriser mon expressivité, à adapter mon vocabulaire, à ajouter des gestes puisés dans les méthodes gestuelles dont je m’étais imprégnée (Borel Maisonny, LPC) et quelques signes de LSF. Comme vous j’ai été taraudée quotidiennement par le souci de bien faire, d’aider à mettre en place au mieux tous les éléments pour qu’il puisse posséder sa langue maternelle. Ce qui me semble important de dire ici, maintenant, c’est ce que la vie m’a donné de voir, d’entendre, de comprendre auprès de mes enfants et en particulier de Manouk. Il s’agit de se faire confiance, d’agir le plus possible dans le plaisir d’être ensemble avec son enfant, de partager des moments de jeux, de lecture, de rires... sans se dire « il faut que je le fasse parce que », sans se dire « je n’y arriverai pas ». Les adaptations à mettre en œuvre quand il y a une déficience auditive on les perçoit assez vite ; elles coulent sous le sens, je les ai déjà citées.

Ce qui pour moi est venu en conscience avec le temps, c’est l’importance à me placer dans une attitude d’ouverture, à l’échange dans le plaisir avec Manouk, notamment quand je lui racontais des histoires. J’ai eu la chance d’aimer pleinement ces moments de lecture partagés avant qu’il ne s’endorme. Je cédais là à mon impérieuse volonté d’apprentissage qui m’accaparait dans la journée. Ce moment du jour, la soirée, était propice à entrer en connivence. Nos corps se touchaient, nos regards se croisaient et nous nous plongions dans les images ou les petites histoires simples qui présentent des évènements qui s’enchaînent. Je les nommais, je les imitais, je ne cherchais pas coûte que coûte à vérifier si Manouk avait compris ce que je lisais. C’était un partage dans la spontanéité. J’avais alors l’impression que c’était le plaisir que nous partagions ensemble qui entraînait Manouk à être plus attentif, plus interactif, à écouter, à imiter. Là j’enlevais ma panoplie de « pédagogue », je n’étais plus maître de la situation, je le laissais me guider vers son désir. Ce pouvait être un livre, toujours le même qu’il souhaitait que nous lisions, ou l’envie d’arrêter la lecture et de jouer avec les mains, ou tout autre chose encore.

Nous disposions autour de lui d’imagiers et de petits albums à manipuler, à regarder. Le livre était toujours un outil essentiel pour communiquer avec lui, pour nommer les images, les histoires qu’il présentait. L’image s’inscrit dans la pensée, et le sens naît des images mentales. Dans le mot « imaginaire » il y a le mot « image ».

L’enfant sourd, plus qu’un autre enfant, a besoin qu’on lui parle de ses émotions, de ses sentiments. Le livre le permet.

La lecture est aussi un moyen pour utiliser tous les canaux sensoriels. Je me souviens d’une fois où je présentais l’image d’une orange à Manouk en la nommant ; sa sœur Anahid, de trois ans son aînée, est partie dans la cuisine pour aller chercher ce fruit et le lui a tendu. On l’a manipulé, senti et goûté.

Il y a autre chose qui me paraît important à dire aussi. Pour que s’enracine la langue orale, pour conquérir la langue écrite, notre enfant sourd a besoin de beaucoup de temps mais aussi de notre détermination à le stimuler dans tous les apprentissages de la vie : se laver les mains, faire du toboggan, aller au marché... Ses situations vécues peuvent être l’occasion de se remémorer les personnages des histoires lues. Ainsi l’histoire s’enrichit du vécu et le vécu prolonge l’histoire.

Bien-sûr il y a de moments où j’avais envie de baisser les bras, bien-sûr il y a eu des découragements. Quand malgré tous mes efforts je ne voyais pas poindre de résultats apparents et que je me sentais glisser vers le découragement, il me venait par la pensée, l’image de la petite graine qui a besoin de beaucoup de temps pour se préparer dans la terre, pour germer avec force, en stabilité avant de donner une belle plante vigoureuse. Avec le recul, j’ai pris conscience combien toute cette période où rien ne semblait se produire de tangible, où aucun progrès langagier n’apparaissait chez Manouk était en fait essentielle car elle préparait le terreau nourricier d’où allait se construire son langage. Le problème est que c’est facile à dire maintenant, mais quand on a la tête dans le guidon, on ne le sent pas pareil !

Enfin je finirai en vous disant, en me disant, ne nous limitons pas dans nos entreprises, ne mettons pas de limites aux capacités de nos enfants. Osons. Pour citer un maître tibétain qui m’est cher il disait :
« qui juge, classe
qui classe, délimite
qui délimite, enferme ».

Alors osons. Pour ma part, j’ai à oser apprendre à écouter mon fils.

Nadine Hovnanian


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