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Etudes : le parcours sans bruit d’Emilie

Témoignage à l’occasion de la Journée de l’audition.
Article publié le jeudi 16 mars 2006.


Les problèmes des personnes sourdes ou malentendantes, au quotidien, elle connaît. Sourde de naissance, la jeune femme poursuit avec brio ses études en Deug Staps, à Rennes.

Elle est charmante, souriante, répond aux questions du tac au tac. Rien ne la distingue des autres étudiants sur le campus rennais de Villejean-La Harpe. Rien. Si ce n’est ce regard fixé sur vos lèvres lorsque vous lui parlez.

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Emilie

Emilie Dureau est sourde de naissance. A 80 %. Une discrète prothèse se cache sous ses cheveux et l’aide à entendre.

« J’ai appris à parler en rééducation, donc les gens oublient, en général, que je suis sourde et ne font pas l’effort d’articuler ou d’être face à moi pour que je puisse voir leurs lèvres. Cela ne facilite pas les échanges. Surtout en cours, lorsqu’il faut travailler en groupe, par exemple ».

Accès à toutes les filières

Pour le reste, elle bénéficie, depuis son entrée en lycée sport-études, du soutien de l’association Urapeda, l’Union régionale des associations de parents d’enfants déficients auditifs. L’association, qui existe depuis une vingtaine d’années, a créé il y a treize ans le pôle étudiant.

« Les étudiants sourds ou malentendants étaient souvent en situation d’échec parce qu’il n’y avait que trois filières adaptées à leur handicap entre la Bretagne et Nantes. Ils se retrouvaient donc dans des études qui ne correspondaient pas à ce qu’ils voulaient ou pouvaient faire... », explique Christine Perrin, la coordinatrice du pôle étudiant.
« Désormais, depuis treize ans, ils ont accès à toutes les filières que nous avons en Bretagne. Au pôle, nous nous adaptons au projet de chacun et à son handicap ».

L’aide peut ainsi aller de la seule prise de notes par un autre élève, rémunéré bien souvent par la faculté, à un relais micro entre le professeur et l’étudiant. Mais le soutien peut aussi être total avec présence d’un interprète ou d’une interface (*) pendant les cours.

Pour Emilie, par exemple, ils sont six à se relayer durant ses douze heures de cours hebdomadaires.
« Les profs leur fournissent les cours. Ils peuvent ainsi les préparer pour les traduire en langue des signes. Nous avons peu de vocabulaire et un signe peut vouloir dire plusieurs mots. Ce n’est pas toujours simple de nous traduire des cours souvent techniques... »

Une réelle attente

Une étudiante de sa promotion lui prend aussi ses notes. « Heureusement ! En général, au bout d’une heure de cours, je suis épuisée parce que ça me demande beaucoup d’attention. Comme j’ai une mémoire très visuelle, j’arrive à retenir les cours en les relisant. »

L’association emploie une quarantaine d’interprètes et d’interfaces pour cinq équivalents temps plein. « Il y a treize ans, nous avions trois étudiants. Ils étaient déjà une trentaine, comme aujourd’hui, au bout de cinq ans. Il y avait une réelle attente. »

L’interface facilite le rapport sourd-entendant, accompagne et aide les sourds dans leur parcours de formation professionnelle, dans leurs études...

Urapeda
31, bd du Portugal, à Rennes.
02.99.51.91.41. *

QUEL FINANCEMENT POUR LA RENTRÉE ?

L’avenir des pôles étudiants de ce type est menacé car leur financement n’est assuré que jusqu’en juin prochain.
La raison : la loi votée en juin 2004 sur l’autonomie des personnes handicapées prévoit la prise en charge financière de ces pôles par l’Etat et non plus par l’Agefiph (l’Association nationale de gestion du fonds pour l’insertion professionnelle des personnes handicapées), comme c’était le cas jusqu’à présent.

« Les relais annoncés par l’Etat devaient être prêts en janvier, ce n’est pas le cas... », souligne Christine Perrin.

L’Education nationale devrait financer la prise de notes. Mais qui va prendre en charge les interprètes, interfaces et codeurs, par exemple ? Le coût d’un soutien comme celui d’Émilie est de 15.000 € par an environ.

« Nous avons rendez-vous au ministère de la Santé la semaine prochaine. S’il n’assure pas financièrement le reste de la prise en charge, en septembre, nos étudiants ne pourront plus suivre leur cursus ».

Ce texte est extrait du Télégramme de Brest, paru à l’occasion de la Journée Nationale de l’Audition.

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