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Haute-Garonne : une professeure de français sourde interdite d’enseigner malgré l’obtention du Capes

Article publié le dimanche 26 février 2017.


Diplômée du Capes en 2015, Janick Leclair, professeure de français, n’est pas autorisée à donner cours au lycée de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne, où elle a été affectée à la rentrée 2016. En cause : sa surdité.

Elle a un léger accent quand elle parle et lit sur les lèvres pour vous comprendre. Malgré sa surdité, Janick Leclair a toujours rêvé d’être professeure. Originaire de Toulouse, elle est devenue sourde à l’âge de cinq ans, conséquence d’une méningite. "J’ai fait ma scolarité dans une école normale, sans assistance ni interprète de la langue des signes, c’était le système D", se souvient-elle. Pour se "libérer de l’ennui que l’on peut ressentir quand on est enfermé dans ce monde de sourd", elle vivait dans "un monde des livres".

En juillet 2015, elle obtient un CAPES de Lettres modernes. "L’administration et le rectorat étaient au courant de ma surdité, je l’ai signalée, les examinateurs l’ont vue et j’ai eu de très bonnes notes à l’oral", assure la femme de 38 ans.

"J’étais mortifiée" d’être jugée inapte

A l’approche de la rentrée, Janick obtient un poste de professeure de français au lycée Bagatelle de Saint-Gaudens, en Haute-Garonne. Et au début de l’été, elle rencontre le médecin de prévention du rectorat "pour mettre en place les aménagements nécessaires". Autonome dans la préparation des cours, dans leur dispense et les corrections, Janick a besoin d’un assistant qui lui "prête ses oreilles pour gérer des interactions sonores de la classe, par exemple pour prévenir les moqueries et incivilités, et permettre de veiller à ce que le volume sonore de la classe reste correct". "Je croyais que ce rendez-vous était une formalité" explique Janick, qui pense alors toucher son rêve du doigt.

Pourtant, quelques jours seulement avant la rentrée, le couperet tombe : le médecin a jugé son état de santé "définitivement incompatible aux fonctions du professorat", comme l’indique Coté Toulouse qui a révélé l’affaire. C’est l’incompréhension pour la jeune femme. "Je suis très en colère contre ce médecin parce que j’ai le sentiment de ne pas avoir été entendue ni même tout simplement écoutée", dit-elle.

Janick ne se laisse pas abattre. En octobre, un médecin expert ORL agréé par le rectorat a mené une contre-expertise. Cette fois-ci, elle a été jugée apte à enseigner. "Le problème vient de la contradiction entre ces deux avis médicaux, indique à L’Express le rectorat de Toulouse. Du coup, on ne peut pas la mettre devant une classe, car il en va de notre responsabilité".

"Les seuils de surdité restent à l’appréciation des médecins"

C’est à présent au comité médical départemental de trancher. La date de la décision a été fixée au 8 mars. "On va prendre le temps d’étudier la situation", promet le rectorat. "Ce qui est dur, c’est le doute qu’ils m’ont mis dans la tête, déplore Janick. J’étais tellement motivée à l’idée de pouvoir partager ma passion."

Mais existe-t-il un seuil de surdité à partir duquel il est impossible d’enseigner ? Aucune circulaire ne le stipule. La jeune femme pointe ce vide juridique : "Pour les malvoyants, c’est codifié dans les règlements, mais il n’y a rien pour les sourds." Selon le rectorat, "il n’existe pas de vide juridique concernant les enseignants sourds, mais il est vrai que les circulaires encadrent le handicap en général et que les seuils de surdité restent à l’appréciation des médecins".

"L’Education nationale a pour objectif de recruter des personnes handicapées, mais elle préfère le faire pour des postes administratifs plutôt que pour des professeurs", ajoute Pierre Priouret, co-secrétaire du syndicat SNES-FSU à Toulouse. Pierre Priouret pointe les délais, entre deux et trois ans, pour "trouver les fonds nécessaires pour, par exemple, aménager une salle en rez-de-chaussée, installer des systèmes audio ou trouver un assistant".

"Stratégies pédagogiques"

Malgré la décision du premier médecin, Janick tient à louer "la bienveillance" du rectorat qui lui a permis de commencer son stage cette année. Elle passe la moitié de son temps à l’école, l’autre en observation dans une classe du lycée Bagatelle, sans être cependant autorisée à s’en occuper. Bénéficier d’un interprète, utiliser le numérique, organiser la classe en îlots ou de manière inversée, elle a réfléchi à des "stratégies pédagogiques".

L’année dernière, Janick était professeure documentaliste dans des lycées agricoles. Elle a demandé à ses élèves ce qu’ils pensaient du fait d’avoir une professeure sourde. Touchée, elle égrène ces messages : "Pas de problème madame, on s’en rend même plus compte", "on s’est très bien habitués et on comprend bien ce que vous dites", "vous nous donnez une leçon de courage", "bravo madame pour votre parcours", "vous nous apprenez l’humilité et la tolérance".

Source : L’express

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