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Formation professionnelle des jeunes handicapés en milieu ordinaire

Contrat d’apprentissage : moins de 4 000 jeunes handicapés
Article publié le vendredi 12 mars 2010.


La formation par alternance par le biais du contrat d’apprentissage concernerait aujourd’hui moins de 4 000 jeunes handicapés en France soit 1 % du nombre total d’apprentis

Pour les jeunes, le parcours d’insertion professionnelle est parfois difficile ; quand ces jeunes sont en situation de handicap, il s’agit souvent, trop souvent, d’un véritable défi. A la fin de la scolarité, les jeunes en situation de handicap sans solution sont encore trop nombreux et, trop longs, les délais d’insertion génèrent démotivation, démobilisation, déqualification et renoncement.

La formation en alternance constitue une des solutions à ce problème ; elle permet l’accès à la fois à une qualification et à l’emploi en entreprise. En effet, selon le ministère de l’Emploi, à l’issue d’une formation en alternance, 70 % des jeunes trouvent un emploi.

Or, la formation par alternance par le biais du contrat d’apprentissage concernerait aujourd’hui, selon les sources que nous avons consultées, moins de 4 000 jeunes handicapés en France [1]. Soit 1 % du nombre total d’apprentis (395 000 dont 6 000 dans la fonction publique). Et même dans les régions les plus en pointe dans ce domaine, la situation reste insatisfaisante.

Quelles sont les raisons qui expliquent un si modeste résultat alors que l’action des pouvoirs publics, des financeurs, des formateurs et des opérateurs est loin d’être nulle dans ce domaine ?

L’État fait de l’apprentissage l’une de ses priorités.
Après la remise du rapport Proglio en décembre dernier sur la promotion et le développement de l’alternance, il a mis en place les ateliers de l’apprentissage et de l’alternance [2] : à l’horizon 2015, l’objectif visé est qu’un jeune sur cinq s’engage dans un cursus en alternance.

Les régions se mobilisent.
Les Contrat d’Objectif et de Moyens (COM) conclus, au titre du Fonds National de Développement et de Modernisation de l’Apprentissage (FNDMA), entre l’État et les régions visent à promouvoir et valoriser l’apprentissage.

L’AGEFIPH cherche à développer l’apprentissage des jeunes en situation de handicap
Son action vise à inciter et à accompagner les entreprises dans les différents volets du recrutement des personnes handicapées ; cette action inclut un travail sur l’accueil en stage de jeunes porteurs de handicap et la préparation au recrutement dans le cadre des contrats en alternance. L’AGEFIPH apporte également un soutien financier et matériel aux jeunes handicapés en formation en alternance.

LE FIPHFP propose de nouvelles aides financières pour l’apprentissage.
Il a en effet décidé de promouvoir ce dispositif et d’encourager, par la création de nouvelles aides financières, les employeurs publics à recruter des personnes handicapées par la voie de l’apprentissage [3]

Les CFA
Ils mettent en place en amont un service d’accueil et d’information des jeunes intéressés par l’apprentissage. Les jeunes en situation de handicap peuvent avoir recours à ce service pour explorer les possibilités qui s’offrent à eux.

Ils soutiennent les jeunes dans leur recherche d’une entreprise d’accueil.

Ils ont la pratique de l’accompagnement des jeunes en difficulté ; les groupes classes ont en général une taille réduite (8 à 12 jeunes) ; l’adaptation, les soutiens, l’individualisation des parcours sont déjà entrés dans la pratique : de ce point de vue, il ne devrait pas y avoir de difficulté pour accueillir des jeunes en situation de handicap.

Beaucoup de CFA bénéficient de l’appui d’un référent handicap identifié en interne.

Les CFAS
Ils sont pourvus d’un équipement et d’un encadrement pour les jeunes handicapés qui ne peuvent pas être intégrés dans un CFA ordinaire.

Alors, comment expliquer que ce dispositif de formation professionnelle reste balbutiant pour les jeunes en situation de handicap ?

L’exemple de la situation bretonne peut être éclairant.

Les contrats d’apprentissage des jeunes en situation de handicap concernent près de 2 % du nombre total d’apprentis ; c’est un taux supérieur à ce qu’on constate en moyenne au niveau de l’ensemble du territoire ; ce résultat global masque cependant deux réalités bien différentes :

Il ne suffit pas de constater que les jeunes porteurs d’un handicap intellectuel sont plus nombreux que les jeunes porteurs d’un autre type de handicap. Cette explication ne peut pas suffire : en toute logique, les jeunes porteurs d’un handicap intellectuel ne devraient pas représenter, à eux seuls, 92 % de la totalité des jeunes handicapés formés en apprentissage. D’autant plus que cette voie de formation ne concerne plus depuis longtemps les seuls niveaux V.

Certes la voie de l’apprentissage pâtit d’une image négative chez les jeunes handicapés comme chez tous les autres ; Il y a par conséquent un travail préalable à faire pour « réhabiliter » l’apprentissage.

Mais, il faut aussi se poser la question de l’accompagnement mis en place.

En 1992, l’association GRAFIC [5] a développé un dispositif d’accompagnement des jeunes en situation de handicap intellectuel où le projet professionnel est construit et vérifié et qui se poursuit lors de l’entrée en apprentissage aussi bien en centre de formation qu’en entreprise. Ce dispositif permet alors de surmonter dans de nombreux cas les réticences des formateurs ou des entreprises et d’inscrire de façon durable le jeune dans le contrat d’apprentissage.

On a du mal à trouver des formes comparables d’accompagnement dans les autres typologies de handicap : et pourtant ne tient-on pas là une solution ?

A la sortie de la formation initiale, il se produit une sorte « d’évaporation » de beaucoup de jeunes en situation de handicap qui, livrés à eux-mêmes, ne parviennent ni à faire face aux difficultés ni à intégrer les réseaux d’insertion professionnelle (Mission Locale, Pôle Emploi, CAP EMPLOI). La première urgence serait de recenser sérieusement ces situations ; mais les MDPH tardent à remplir leur mission de suivi. Et le seul constat qu’on peut dresser, pour l’heure, c’est que nous manquons d’information : le ministère du travail ne donne pas d’indication sur le taux de chômage des personnes handicapées de la tranche 15-24 ans en « raison d’effectifs trop faibles » [7] et peu de jeunes semblent solliciter les organismes qui pourraient les soutenir dans cette période ; ainsi, les jeunes demandeurs d’emploi handicapés constituent moins de 10 % de la population accompagnée par les CAP EMPLOI : sans doute, manque-t-il là une articulation au sortir de la formation initiale.

Il reste aussi à construire les passerelles qui permettront à ces jeunes en situation de handicap d’accéder au dispositif de qualification qui leur convient au terme de leur formation initiale. Pour ces jeunes, il faut baliser le parcours qui va de l’école ou de l’établissement spécialisé au monde du travail ; quand la question de l’insertion a été laissée de côté, il y a tout un travail à accomplir sur le projet professionnel et sur l’acceptation de la situation de travailleur handicapé avant de parler de parcours qualifiant. L’organisation de dispositifs d’accompagnement structurés constitue une première étape indispensable ; on ne peut pas en faire l’économie [8] .

Les solutions à construire peuvent prendre des formes multiples ; et il y a sûrement beaucoup à imaginer. Mais on peut, pour commencer, s’intéresser aux d’initiatives qui, paraissent pertinentes, par exemple :

De son côté, le réseau UNAPEDA est dès à présent prêt à s’engager pour promouvoir l’apprentissage des jeunes sourds et malentendants.

Les employeurs du secteur privé et du secteur public peuvent déjà faire appel aux services Emploi-Formation du réseau UNAPEDA qui facilitent les démarches d’intégration des jeunes sourds :

  Elie MARTIN
Chef du service EMPLOI-FORMATION à l’URAPEDA BRETAGNE
Représentant du Collectif Handicap 35 au FIPHFP Bretagne

Jean-Yves LE HOUËZEC
Militant associatif dans le domaine de la scolarisation des jeunes porteurs d’un handicap
Rennes

[1] www.2aph.fr : « 2aph » : réseau national pour l’apprentissage adapté

[2] « think-tanks de l’apprentissage », composés de représentants de centres de formation, de chambres consulaires, d’organismes collecteurs des fonds de formation et de jeunes apprentis traitent de 3 thèmes : comment aider le jeune en alternance dans sa vie quotidienne, comment développer l’alternance partout et pour tous, comment aider les entreprises à s’engager davantage.

[3] Voir l’article publié le 2 novembre 2009 sur le site de l’UNAPEDA « Nouvelles aides financières pour encourager les employeurs publics à recruter des personnes handicapées par la voie de l’apprentissage. ».

[4] 380 en 2009-2010

[5] Groupement Régional pour l’Accompagnement, la Formation et l’Insertion Concertée

[6] Voir, par exemple, l’étude publiée sur le site du CREAI Bretagne (http://www.creai-bretagne.org/pdf/e...) ; page 23 : « Dans les faits, peu de jeunes âgés de 16 ans et plus accompagnés par ces SESSAD, mais cette population augmente »

[7] Informations complémentaires : www.travail-solidarite.gouv.fr/IMG/...

[8] Informations complémentaires : formation et insertion professionnelles des jeunes handicapes http://www.inshea.fr/ressources/doc...

[9] UNAPEDA : UNION NATIONALE DES ASSOCIATIONS DE PARENTS D’ENFANTS DEFICIENTS AUDITIFS www.unapeda.asso.fr.


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