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Sous-titrage : les sourds enfin entendus ?

Article publié le mardi 9 février 2010.


C’est un jour important, pour ne pas dire historique, pour les 5 millions de sourds et de malentendants recensés en France. Vendredi 12 février, les sept principales chaînes de télévision françaises (TF1, France 2, France 3, France 4, France 5, M6 et Canal +) ont obligation de rendre accessibles 100 % de leur antenne aux déficients auditifs. Des JT aux séries américaines, des émissions de variétés aux retransmissions sportives, des débats aux films, pas un programme ne pourra échapper à l’option sous-titrage.

En 2005, l’État s’engage. La « loi handicap », ou Loi 2005-102 du 11 février 2005 pour l’égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées, donne cinq ans à la télévision française, publique et privée, pour rendre accessibles ses programmes aux sourds et malentendants, autrement dit les traduire en langue des signes française (LSF) ou les sous-titrer. La date limite pour le faire a été fixée à vendredi.

Mais l’échéance est symbolique :

-  1 Les grandes chaînes mais pas la pub

Seules les sept principales chaînes de télévision (TF1, France 2, France 3, France 4, France 5, M6 et Canal Plus) doivent rendre accessible l’intégralité de leurs programmes aux déficients auditifs.

-  2 Le délai ne sera pas respecté

Les 100% d’accessibilité sur TF1, France 2, France 3, France 4, France 5, M6 et Canal Plus ne sont pas garantis dès vendredi

-  3 Pas de sanctions pour les retardataires

Si début février, Canal Plus a annoncé en fanfare avoir déjà rendu accessibles 100% de ses programmes, dans les faits, les sourds et malentendants ont observé que certaines rediffusions échappaient au sous-titrage.

Le CSA a d’ores-et-déjà prévenu : pas de sanctions vendredi pour les retardataires. Pourquoi ? Parce que ce serait « délicat », selon Christine Kelly, ex-journaliste et responsable du dossier au CSA : les chaînes fournissent un effort financier important, chiffré à plusieurs dizaines de millions d’euros, en pleine « récession publicitaire ».

-  4 Une solution de traduction au rabais

Enfin, les sourds et malentendants qui connaissent des difficultés de lecture seront à la peine : la traduction en langue des signes (LSF), plus coûteuse que le sous-titrage, n’est pas l’option choisie par les chaînes (à l’exception des chaînes jeunesse comme Gulli, Canal J et TiJo).

Or, la technique du sous-titrage en direct n’est pas vraiment au point.

La plus utilisée, par reconnaissance vocale, consiste en un speaker (ou « perroquet ») et un correcteur. Le « perroquet » retranscrit oralement ce qui se passe sur l’écran, en prononçant la ponctuation, et le correcteur corrige les inévitables fautes du logiciel. A l’écran, le texte s’affiche mot à mot.

Le "top" a toutefois son revers. Alors qu’on pensait qu’ils seraient les premiers bénéficiaires de la réforme, les "adaptateurs sous-titreurs" - profession exercée par 200 à 300 personnes - estiment en être les premières victimes. Paradoxalement, le surplus de commandes a entraîné une baisse de leurs revenus. L’explication : attirés par la manne promise par la nouvelle loi, de nouveaux "laboratoires" - nom donné aux prestataires qui emploient les adaptateurs - sont arrivés sur le marché et ont cassé les prix. Avant 2005, la minute de programme sous-titré était payée au minimum 10 euros brut (8 pour le service public) ; elle n’en vaut plus que 5 aujourd’hui (7 dans le public). Pour les deux associations de professionnels - le Collectif des adaptateurs de l’audiovisuel pour les sourds et les malentendants (Caasem) et l’Association des traducteurs adaptateurs de l’audiovisuel (Ataa) -, le métier est menacé de "précarisation".

Dans le collimateur, plusieurs "labos", dont Red Bee Media, une ex-filiale de la BBC, aujourd’hui propriété de la banque australienne Macquarie. Arrivée sur le marché français en 2007, cette société a remporté plusieurs appels d’offres (M6, Canal+) en proposant des prix imbattables, notamment sur les émissions en direct.

Alors que certains laboratoires étoffent leur dispositif d’une troisième, voire d’une quatrième personne (pour des émissions longues), Red Bee Media n’utilise qu’un seul adaptateur. A sa disposition, une "sorte de Bescherelle informatique développé en interne" qui corrigerait automatiquement "les fautes d’accord et d’homonymie" , indique Alexander Keiller, le directeur du laboratoire. Et d’avancer un taux d’exactitude de "96-97 %", qui fait doucement rire le milieu.

UNE COURSE AU RABAIS

Si cette chute des tarifs fait les affaires des chaînes, la profession n’a peut-être encore rien vu. Red Bee Media envisage ainsi, courant 2010, d’appliquer son système de reconnaissance vocale aux émissions enregistrées. Bref, traiter le stock comme du direct, afin de réduire le temps de travail "de 15 à 30 %". Jugée effrayante par la corporation, pour qui le sous-titrage est un travail d’adaptation littéraire, cette technique a déjà été testée l’été dernier par... France 2 sur "Des chiffres et des lettres" ! Lancée à la manière d’un ballon d’essai par le labo filiale de France Télévisions, l’expérience a toutefois été stoppée au bout de trois mois en raison de plaintes de téléspectateurs (âgés) qui avaient du mal à lire les sous-titres en diffusion simultanée.

Où s’arrêtera cette course au rabais ? Derrière cette question s’en pose une autre : la baisse des coûts de production a-t-elle affecté la qualité du sous-titrage, comme le croient de nombreux adaptateurs ? Le vérifier est impossible, vu qu’il n’existe aucune "charte de qualité " qui inventorierait des codes et des obligations communes au sous-titrage. Chaque labo a toujours fait un peu à sa sauce. "L’élaboration d’un référentiel de qualité sera le prochain chantier", promet le représentant des déficients auditifs, Jérémie Boroy. Pour qui, d’ici là, il n’est pas question de faire la fine bouche : " Oui, la qualité des sous-titres a baissé. Mais cela ne nous empêche pas de regarder la télé."

Extrait des sites de

-  Rue 89 - Accès à la télé pour les sourds : la révolution n’aura pas lieu

-  Le Monde : les sourds enfin entendus


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